Mammifère · Terrestre
Rhinocéros de Sumatra : le dernier cousin du rhinocéros laineux
Petit, poilu et doté de deux cornes, le rhinocéros de Sumatra descend d'une lignée vieille de plusieurs millions d'années. Il en resterait entre 34 et 47 dans les forêts d'Indonésie. Dans un sanctuaire de Sumatra, chaque naissance rapproche l'espèce d'un nouveau départ.
34 à 47 rhinocéros de Sumatra à l'état sauvage, contre environ 800 en 1986
Description de l’animal
Le rhinocéros de Sumatra est le plus petit des cinq rhinocéros vivants. Il mesure de 1,2 à 1,45 mètre au garrot et environ 2,5 mètres de long, pour un poids de 500 à 960 kilos. C’est aussi le plus poilu : à l’état sauvage, sa peau brun-roux est couverte de poils courts et raides, et en captivité, son pelage devient franchement hirsute.
Il porte deux cornes : une corne avant de 15 à 25 centimètres, et une seconde, plus en arrière, souvent réduite à une petite bosse.

Il vit dans la forêt tropicale dense, en plaine comme en montagne. Solitaire, il passe une grande partie de la journée à se rouler dans des bauges : ces bains de boue le rafraîchissent, protègent sa peau et le débarrassent des parasites. Il se nourrit de feuilles, de pousses et de fruits, et en avale 50 à 60 kilos par jour, soit près de 10 % de son poids. Il est aussi étonnamment bavard : il communique par des sifflements et des gémissements.
Autrefois, on le trouvait des contreforts du Bhoutan et du nord-est de l’Inde jusqu’au sud de la Chine, au Cambodge et en Thaïlande. Il ne survit plus aujourd’hui que dans quelques forêts de Sumatra et de Bornéo, en Indonésie.
Le saviez-vous ? Le rhinocéros de Sumatra est le plus proche parent vivant du rhinocéros laineux, qui parcourait l’Europe et l’Asie pendant la dernière période glaciaire. Son pelage roux en est un lointain souvenir.
Pourquoi il est en danger
On estimait la population à environ 800 individus en 1986, puis à 280 à 320 en 2007. Selon le rapport publié en 2025 par les spécialistes des rhinocéros de l’UICN et l’organisme TRAFFIC, il n’en reste plus que 34 à 47 à l’état sauvage.
Deux menaces se sont additionnées. Le braconnage d’abord, pour la corne, très recherchée sur le marché noir. Ensuite, la destruction et le morcellement des forêts de Sumatra et de Bornéo. Les rhinocéros survivants se retrouvent isolés dans des fragments de forêt, si peu nombreux et si dispersés qu’ils ont du mal à se rencontrer pour se reproduire.
C’est le piège des toutes petites populations : moins il y a d’animaux, moins il y a de naissances, et chaque perte compte double. Le rapport de 2025 s’alarme aussi de l’absence de tout rhinocéros de Sumatra confirmé dans le sud de l’île.
À Bornéo, la situation est encore plus critique. Une sous-espèce distincte, le rhinocéros de Bornéo, n’y compterait plus que deux ou trois individus, selon le même rapport. Elle a déjà disparu de la partie malaisienne de l’île : en 2019, la mort d’Iman, une femelle en captivité, a marqué la disparition du dernier rhinocéros de Sumatra de Malaisie.
Ce qui est fait pour le sauver
En 1996, l’International Rhino Foundation et l’organisme indonésien Yayasan Badak Indonesia (YABI) ont créé le sanctuaire du rhinocéros de Sumatra, dans le parc national de Way Kambas. Sur une centaine d’hectares de forêt, il abrite aujourd’hui dix rhinocéros. Leur mission : former une population de réserve, génétiquement variée, qui pourra un jour aider à repeupler les forêts protégées. Les soigneurs y étudient aussi la biologie de l’espèce, encore mal connue, pour mieux la protéger dans la nature. Ces rhinocéros forment une population « d’assurance » : si les menaces reculent, ils pourront aider à rétablir des populations sauvages.

Les résultats sont lents mais réels. En 2012, la femelle Ratu a donné naissance à Andatu, le premier rhinocéros de Sumatra né en captivité en Indonésie. Ont suivi Delilah en 2016, Sedah Mirah en 2022, après huit fausses couches de sa mère, fille d’Andatu, puis deux petits en 2023. L’un d’eux, Indra, est né de Delilah : c’était la première fois qu’un rhinocéros de Sumatra né en captivité donnait à son tour naissance.
L’espoir continue de grandir. En octobre 2026, le ministère indonésien des Forêts a annoncé que Ratu et Delilah attendaient chacune un nouveau petit. Ratu, 26 ans, attend son quatrième, et Delilah, 10 ans, son deuxième. « Ce succès ne s’est pas fait du jour au lendemain », a souligné le ministère. Sur le terrain, la priorité reste de retrouver et de protéger les derniers individus sauvages avant qu’ils ne restent trop isolés pour se reproduire.
Comment aider
Sauvons les animaux ne recueille aucun don. Voici des organismes reconnus qui agissent pour le rhinocéros de Sumatra :
- International Rhino Foundation soutient le sanctuaire de Way Kambas et la protection de l’espèce. Faire un don à l’International Rhino Foundation
- Save the Rhino International finance des programmes pour les cinq espèces de rhinocéros. Faire un don à Save the Rhino
Et au quotidien :
- Ne croyez pas aux vertus de la corne. Elle est faite de kératine, comme nos ongles. Dites-le autour de vous : c’est la demande qui alimente le braconnage.
- Méfiez-vous des produits liés à la déforestation tropicale. Privilégiez le bois et le papier certifiés et l’huile de palme issue de filières responsables.
- Faites connaître ce rhinocéros méconnu : très peu de gens savent qu’il existe un rhinocéros poilu.
Soutenir un organisme
Nous ne recueillons aucun don. Ces organismes reconnus agissent directement pour cette espèce :
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International Rhino Foundation
A cofondé en 1996 le sanctuaire de Way Kambas avec l'organisme indonésien YABI et soutient la reproduction et la protection de l'espèce.
Faire un don — International Rhino Foundation (site externe, nouvel onglet) -
Save the Rhino International
Finance des programmes de conservation pour les cinq espèces de rhinocéros, en Afrique comme en Asie.
Faire un don — Save the Rhino International (site externe, nouvel onglet)
En images
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Repos partagé quelques heures après la naissance d'Andatu. Photo : International Rhino Foundation, CC BY 2.0 (source) -
Ratu et Andatu, quatre jours après la naissance. Photo : S. Ellis / International Rhino Foundation, CC BY 2.0 (source) -
Le petit tète dès les premières heures : chaque détail est suivi par les soigneurs. Photo : B. Bryant / International Rhino Foundation, CC BY 2.0 (source)
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Sources
- Dicerorhinus sumatrensis — évaluation de la Liste rouge (2019), UICN, consulté le .
- Poaching of African rhinos down, drought and other threats drive losses globally (7 août 2025), UICN, consulté le .
- Javan rhino numbers plunge, Sumatran rhinos remain near extinction: report (13 août 2025), Mongabay, consulté le .
- Sumatran rhino — fiche de l'espèce, Save the Rhino International, consulté le .
- Sumatran Rhino Sanctuary, International Rhino Foundation, consulté le .
- Malaysia's last Sumatran rhino dies, leaving Indonesia as the final refuge (novembre 2019), Mongabay, consulté le .
- Pregnancies of two Sumatran rhinos raise hope for conservation efforts (8 octobre 2026), The Star, consulté le .
Crédits photo
- Ratu, une femelle du sanctuaire de Way Kambas, à Sumatra, en 2013. Photo : 26Isabella, CC BY-SA 3.0 (source)
- Le plus poilu des rhinocéros : en captivité, son pelage devient particulièrement épais. Photo : nicolaitan, CC BY-SA 2.0 (source)
- Ratu et son petit Andatu en juin 2012 : le premier rhinocéros de Sumatra né en captivité en Indonésie. Photo : International Rhino Foundation, CC BY 2.0 (source)
- Repos partagé quelques heures après la naissance d'Andatu. Photo : International Rhino Foundation, CC BY 2.0 (source)
- Ratu et Andatu, quatre jours après la naissance. Photo : S. Ellis / International Rhino Foundation, CC BY 2.0 (source)
- Le petit tète dès les premières heures : chaque détail est suivi par les soigneurs. Photo : B. Bryant / International Rhino Foundation, CC BY 2.0 (source)
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