Aller au contenu principal
Agir

Ce qui fonctionne : des espèces qui reviennent de loin

La conservation n'est pas une cause perdue. Partout dans le monde, des espèces au bord de l'extinction ont été sauvées grâce à des efforts menés sur des décennies. Voici cinq réussites documentées, et ce qu'elles nous apprennent.

Le lynx ibérique : le plus grand rétablissement d'un félin

Où : Espagne et Portugal. Statut : passé de « En danger » à « Vulnérable » en juin 2024.

En 2001, il ne restait que 62 lynx ibériques adultes. En 2022, on en comptait 648, et la population totale, jeunes compris, dépassait 2 000 individus. L’aire qu’il occupe est passée de 449 km² en 2005 à au moins 3 320 km² aujourd’hui. L’UICN parle du « plus grand rétablissement d’une espèce de félin jamais réalisé ».

Ce qui a fonctionné :

  • la restauration des populations de lapins de garenne, sa proie principale ;
  • la restauration de son habitat de maquis et de forêts méditerranéennes ;
  • la réduction des morts causées par les activités humaines ;
  • un programme d’élevage, des déplacements d’animaux pour brasser les gènes et plus de 400 lynx réintroduits depuis 2010 en Espagne et au Portugal ;
  • des financements européens (programme LIFE) et la collaboration des pouvoirs publics, des scientifiques, des ONG, des entreprises, des propriétaires terriens, des agriculteurs, des gardes-chasse et des chasseurs.

Mais : le lynx reste exposé au braconnage, aux collisions sur les routes, aux maladies des chats domestiques et aux épidémies qui frappent les lapins.

La tortue verte : de « En danger » à « Préoccupation mineure »

Où : océans tropicaux et subtropicaux du monde entier. Statut : passée de « En danger » à « Préoccupation mineure » en octobre 2025.

Selon l’UICN, la population mondiale de tortues vertes a augmenté d’environ 28 % depuis les années 1970. Les succès ont été particulièrement marqués à l’île de l’Ascension, au Brésil, au Mexique et à Hawaï.

Ce qui a fonctionné :

  • la protection des femelles et des œufs sur les plages de ponte ;
  • des programmes menés avec les communautés pour réduire la récolte des tortues et de leurs œufs ;
  • un meilleur contrôle du commerce ;
  • des dispositifs d’exclusion des tortues dans les chaluts, qui leur permettent de s’échapper des filets.

Mais : les tortues vertes restent bien moins nombreuses qu’autrefois, et les menaces persistent (récolte, captures accidentelles, aménagement des côtes, changement climatique).

Le gorille de montagne : « un progrès, pas une victoire »

Où : Ouganda, Rwanda et République démocratique du Congo. Statut : passé de « En danger critique » à « En danger » en novembre 2018.

Dans les années 1980, il ne restait que quelques centaines de gorilles de montagne. Leur nombre était estimé à environ 680 en 2008, puis à plus de 1 000 en 2018. Le gorille de montagne est une sous-espèce du gorille de l’Est.

Ce qui a fonctionné :

  • la coopération entre les trois pays, les organismes de conservation et les communautés voisines ;
  • une présence très forte de gardes sur le terrain et la lutte contre le braconnage ;
  • des soins vétérinaires pour les gorilles blessés ou malades, par exemple ceux pris dans des collets.

Mais : les collets posés pour d’autres animaux restent dangereux, et les scientifiques rappellent que la frontière entre les deux catégories est très mince.

Le kakapo : un record après 30 ans d'efforts

Où : Nouvelle-Zélande. Statut : toujours « En danger critique ».

En 1995, on ne connaissait plus que 51 kakapos. Le 1er septembre 2026, la population a atteint 325 oiseaux, son plus haut niveau depuis le début du programme de sauvetage. Les kakapos vivent sur des îles débarrassées de leurs prédateurs, et chaque oiseau est suivi individuellement.

Lire la fiche du kakapo

Le gibbon de Hainan : de 13 à 42

Où : île de Hainan, en Chine. Statut : toujours « En danger critique ».

En 2003, il ne restait que deux familles, soit 13 gibbons. En 2025, on en comptait 42. Patrouilles, replantation d’arbres fruitiers, pont de corde au-dessus d’une brèche dans la forêt et création d’un parc national : chaque mesure a compté.

Lire la fiche du gibbon de Hainan

Ce que ces réussites nous apprennent

  • Le temps long. Aucun de ces succès n’a pris moins de vingt ans. La constance des efforts et des financements est décisive.
  • S’attaquer aux causes. Les espèces remontent quand on agit sur ce qui les tue : le braconnage, les captures accidentelles, les prédateurs introduits, le manque de nourriture.
  • Travailler avec les populations locales. Agriculteurs, pêcheurs, chasseurs et habitants font partie de presque toutes ces histoires.
  • Ne pas relâcher l’effort. Une espèce qui va mieux reste fragile. Les reclassements sont des étapes, pas des lignes d’arrivée.

Agir à mon tour

Sources

  1. Le lynx ibérique rebondit grâce aux mesures de conservation – Liste rouge de l'UICN, UICN (20 juin 2024), consulté le .
  2. Arctic seals threatened by climate change, birds decline globally – IUCN Red List, UICN (communiqué du 10 octobre 2025), consulté le .
  3. Mountain gorillas' recovery prompts downlisting to Endangered status, Mongabay (14 novembre 2018), consulté le .
  4. Protection Efforts Help Mountain Gorilla Population Grow, VOA Learning English (novembre 2018), consulté le .

Dernière mise à jour :